juin 02, 2023 - Minute de lectureMinutes de lecture

Alcool et dents : une relation dangereuse

La consommation de boissons alcoolisées est courante chez les adultes en France et est inscrite culturellement dans les modes de vie français et européens. Elle est le plus souvent effectuée avec modération (1 à 2 verres par jour [1]) et ne présente alors pas un risque particulier pour la santé dans la population générale.

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Cependant, la consommation excessive d’alcool peut, parmi d'autres problèmes de santé, être source de problèmes de santé bucco-dentaire allant de la coloration des dents au risque accru de cancer buccal. La Santé Publique France et l'Institut national du cancer désignent comme excessive une consommation de plus de 10 verres d’alcool par semaine [2].

Explorons les risques que présente l’alcool pour votre bouche et votre santé globale.

Ce que contient un verre d'alcool...

Une fois que vous avez ôté la mousse de votre boisson ou les petits parapluies colorés de votre verre, l’alcool reste une toxine chimique, bien qu'il puisse se présenter sous de nombreuses formes. La toxicité des différents types d'alcool varie considérablement, du méthanol, de l’éthylèneglycol et des alcools isopropyliques (dont la consommation est létale à très faible dose), à l’éthanol beaucoup moins mortel.

L’éthanol est le seul alcool qui peut être consommé par les humains, et même dans ce cas, il est possible d'en boire suffisamment en un laps de temps court pour s'avérer mortel. Les toxines présentes dans l’éthanol créent les sensations physiques que la plupart des buveurs connaissent : peau rougie, tête plus "légère" et libération de dopamine.

... est absorbé par la bouche

L’alcool agit immédiatement au contact de la muqueuse buccale. Certaines des toxines sont immédiatement absorbées et passent dans la circulation sanguine.

Une consommation excessive d’alcool peut causer beaucoup de dommages au niveau de la bouche seule. Votre bouche agit plus ou moins comme la plaque tournante de la santé du corps entier. Des maladies peuvent débuter dans la bouche, et des maladies du corps peuvent entraîner des problèmes dentaires.

La préservation de votre santé bucco-dentaire devrait toujours être prise en compte dans les choix que vous faites. Voici quelques-uns des effets négatifs qu’une consommation excessive d’alcool peut avoir sur votre santé orale :

Coloration des dents

Il n’a pas été prouvé que la consommation excessive d’alcool soit une source importante de colorations dentaires [3]. Cependant, il existe des risques spécifiques à connaître.

Une étude réalisée en laboratoire montre que les chromogènes [4] présents dans le vin rouge sont absorbés par la pellicule salivaire (couche qui se forme naturellement à la surface des dents), ce qui provoque la coloration de cette couche de la pellicule. Le vin rouge et les alcools fortement colorés peuvent donc tacher vos dents.

En plus de la coloration de surface, l’acide contenu dans l’alcool, ainsi que plusieurs ingrédients courants présents dans les boissons mélangées ou cocktails, peuvent contribuer à l’érosion de l’émail dentaire [5], rendant les dents sensibles aux taches par d’autres aliments et boissons.

Carie dentaire, usure des dents et maladie des gencives

Une consommation excessive d’alcool peut entraîner l'apparition de caries dentaires et de maladies des gencives de plusieurs façons.

L’alcool contient naturellement du sucre. Les bactéries nocives vivent dans la plaque dentaire logée sur vos dents, dans le sillon gingival et entre vos dents, elles se nourrissent de sucres et produisent à leur tour des acides. Ces acides affaiblissent l’émail de vos dents, pouvant mener à la formation de caries dentaires.

La raison pour laquelle vous vous sentez déshydraté lorsque vous buvez de l'alcool, est que celui-ci réduit la quantité de vasopressine (une hormone antidiurétique) [6] que votre corps fabrique. Cela conduit à une production plus faible de salive et donc à une sécheresse de la bouche.

La salive est une composante essentielle d’un milieu buccal équilibré et sain. La salive "balaie" les particules alimentaires loin des dents et des gencives, recouvre les dents d’une fine pellicule qui aide à neutraliser les acides produits par les bactéries, et contient même des agents antimicrobiens qui tuent les bactéries nocives.

Le manque prolongé de salive peut donc être néfaste car la protection buccale naturelle est alors absente, et les dents et gencives sont exposées à des bactéries qui peuvent plus facilement se développer être la cause de maladies de gencives (gingivite (saignements des gencives, inflammation des gencives...) puis parodontite si la gingivite n'est pas traitée) et de dents cariées.

Cancer de la bouche

Le risque le plus important associé à une consommation excessive d’alcool est le développement d'un cancer, notamment un cancer buccal, qui englobe les cancers de la bouche, de la gorge et du larynx.

Boire au-delà de la modération (encore une fois, c’est-à-dire 1-2 verres par jour) augmente le risque de développer des cancers liés à l’alcool [7]. Les personnes qui consomment régulièrement de l’alcool en excès font face à un risque 1,8 fois plus élevé de cancer de la bouche et de la gorge, et un risque 1,4 fois plus élevé de cancer du larynx.

Comment l’alcool contribue-t-il à ce risque ? Tout se résume aux toxines.

Des recherches sont en cours sur le lien entre la consommation d’alcool et le cancer, mais des études ont montré [8] les points suivants :

  • Lorsqu’il est métabolisé, l’éthanol se décompose en acétaldéhyde, un produit chimique toxique qui peut endommager l’ADN [9].
  • L’alcool génère des molécules chimiquement réactives qui contiennent de l’oxygène. Par le processus d’oxydation, ces molécules peuvent endommager l’ADN [10]. 
  • L’alcool réduit la capacité du corps à décomposer et à absorber les nutriments qui peuvent être associés au risque de cancer [11].
  • Selon le ministère britannique de la Santé et des Affaires sociales [12], « la fréquence de la consommation [d’alcool] est plus importante que la durée en années – une consommation plus élevée sur quelques années est associée à un risque plus élevé de cancer buccal qu’une consommation plus faible sur de nombreuses années, bien que la durée soit toujours importante en tant que facteur de risque pour d’autres maladies chroniques comme les maladies cardiovasculaires ».

Atténuer les risques

La connaissance des ces risques vous permet de prendre des décisions judicieuses concernant votre santé. En donnant la priorité aux soins dentaires, vous pouvez avoir un impact important sur la santé de tout votre corps !

Il existe certaines façons de réduire le risque de problèmes de santé liés à l’alcool tout en choisissant de profiter de la boisson occasionnellement.

Les risques pour votre santé bucco-dentaire sont multipliés lorsqu’ils sont combinés avec le tabagisme. Si vous avez besoin d’aide pour arrêter de fumer, il existe des ressources disponibles [13].

Au-delà de cela, prenez soin de votre santé bucco-dentaire avant, pendant et après avoir bu. Cela comprend :

Qu’il s’agisse de bonbons ou d’une pinte de bière, la modération des produits sucrés est importante pour préserver la santé de vos dents.

Par-dessus tout, sachez identifier les signes de dépendance à l’alcool et demander de l’aide.


Sources :

[1] https://knowledge4policy.ec.europa.eu/health-promotion-knowledge-gateway/guidance-alcohol-consumption_en

[2] https://www.ameli.fr/paris/assure/sante/themes/alcool-sante/definition-reperes-consommation

[3] Grocock, R. The relevance of alcohol to dental practice. Br Dent J 223, 895–899 (2017). https://doi.org/10.1038/sj.bdj.2017.997

 [4] Joiner, A., Muller, D., Elofsson, U.M., Malmsten, M. and Arnebrant, T. (2003), Adsorption from black tea and red wine onto in vitro salivary pellicles studied by ellipsometry. European Journal of Oral Sciences, 111: 417-422. https://doi.org/10.1034/j.1600-0722.2003.00073.x

[5] https://www.healthline.com/health/enamel-erosion#can-it-grow-back

[6] Inenaga K, Ono K, Hitomi S, Kuroki A, Ujihara I. Thirst sensation and oral dryness following alcohol intake. Jpn Dent Sci Rev. 2017 Aug;53(3):78-85. doi: 10.1016/j.jdsr.2016.12.001. Epub 2017 Feb 27. PMID: 28725298; PMCID: PMC5501731

[7] Cao Y, Willett WC, Rimm EB, Stampfer MJ, Giovannucci EL. Light to moderate intake of alcohol, drinking patterns, and risk of cancer: results from two prospective US cohort studies. BMJ. 2015 Aug 18;351:h4238. doi: 10.1136/bmj.h4238. PMID: 26286216; PMCID: PMC4540790

[8] https://www.cancer.gov/about-cancer/causes-prevention/risk/alcohol/alcohol-fact-sheet#how-does-alcohol-affect-the-risk-of-cancer

[9] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5618592/

[10] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC8306032/

[11] https://pubs.niaaa.nih.gov/publications/aa22.htm

[12] https://www.gov.uk/government/publications/delivering-better-oral-health-an-evidence-based-toolkit-for-prevention/chapter-12-alcohol

[13] https://www.tabac-info-service.fr/j-arrete-de-fumer

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